Lundi 19 octobre 2009
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Dans la vie des auteurs, il y a les salons, les dédicaces, les feux de la rampe, en somme. Michel, par son rôle d'acteur social auprès des retraités (conception et soutien de projets qui facilitent
leur quotidien), est un familier de la préservation de la mémoire et du patrimoine social et culturel des anciens. Joseph, par son rôle de journaliste, consigne la mémoire, les souvenirs. Nous
proposons donc volontiers à des associations qui accompagnent les retraités et même les malades d'Alzheimer d'effectuer un travail de mémoire avec elles à partir des thèmes de "Rougir". Parmi
celles qui nous sollicitent certaines accompagnent les malades d'Alzheimer et leur famille. L'association Oasia de Bain-de-Bretagne, à 30 km au sud de Rennes, nous avait invités à dialoguer avec
ses adhérents. Le 6 octobre, une quinzaine de personnes avaient répondu "présent". Comme toujours, il faut aller vers les participants, les convaincre qu'ils ont quelque chose à rapporter, à faire
vivre et à partager. Car chacun a toujours quelque chose à délivrer, à exprimer.
La rencontre de Bain l'a prouvé. Petit à petit, les langues se sont déliées. En diversifiant les sujets, les interpellations, pratiquement chacun des 15 participants a raconté un fait, une
expérience. François et Joseph, paysans retraités, ont été très prolixes et ont communiqué leur passion de la transmission sur de nombreux sujets. Souvent, c'est le regard extérieur qui met le
mieux en valeur les caractéristiques d'un monde. Celui de Marie, citadine venue à la campagne épouser à 23 ans un paysan fut décapant par sa franchise : "Ce qui m'a le plus frappé dans le monde
paysan, c'est la confiance. Le marchand de veaux venait, discutait et, accord conclu, repartait néanmoins sans payer. Dans le monde des affaires où je travaille, il faut des papiers en trois
exemplaires et encore, vous n'êtes pas sûr pour autant que la parole sera tenue !" Elle relevait aussi l'esprit fort de la communauté. Elle pointait, à l'inverse, au chapitre des défauts,
l'impossibilité de vivre secrètement à la ferme : "Tout se sait". Regret fréquent, plusieurs auditeurs ont déploré de n'avoir pu faire des études. Eric se souvient que se parents lui rappelaient
qu'il devait travailler à la ferme pour payer ses études : "J'ai été pion pour cesser d'être redevable".
Le fameux sentiment, très présent dans "Rougir", qu'à la ferme, les enfants ne pouvaient jamais rester oisifs traverse aussi beaucoup de témoignages. Les rencontres, les dédicaces nous démontrent
que d'autres corporations le partagent et le verbalisent volontiers : "Ma mère ne supportait pas que je lise dans la journée", a dit l'ex-boulangère, à Bain. Josette,
psychologue clinicienne, spécialiste de la maladie d'Alzheimer, qui conseille et accompagne Oasia, a mentionné,
elle, que dans sa banlieue d'enfance, le laitier qui faisait sa livraison matinale à cheval a "rendu l'image du monde paysan positive"
"Rougir d'être paysan". Nous avons vécu ce sentiment à partir de l'âge de 8 ans, au contact de nos camarades citadins et avons porté ce complexe toute notre adolescence. Il a même pesé sur Joseph
au début de sa vie étudiante quand l'école de journalisme recrutait encore majoritairement des enfants de citadins qui avaient le verbe haut, toisaient les rares enfants de la campagne et
affichaient une aisance, voire une arrogance stupéfiantes. Des fils de paysans et paysans disent l'avoir totalement ignoré. Nous sommes toujours surpris de rencontrer des fils et surtout filles de
fermes qui l'ont vécu plus fortement que nous et même, douloureusement. Josiane, membre d'une fratrie de 6 enfants dans une commune du Morbihan, a porté longtemps le fardeau du loisir interdit et
souffert du "regard des filles de la ville". A 23 ans, les études d'aide-soignante ont signé la délivrance. Mais tout cela sans dépit, sans rancœur, sans remords et, comme nous, comme tous, avec la
fierté des racines : "Finalement, ça a été formateur. On a travaillé dur mais, aujourd'hui, on sait tenir, on sait se battre".
Merci aux participants, merci à Oasia qui nous a invités, à Isabelle, la présidente, Josiane, Régine, Elise, Marie, et Josette, la psychologue, qui ont été à la fois, avec bonheur, bénévoles et
participantes.
Oasia, tél. : 02 99 72 95 75
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