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. Mars 2008 : sortie du livre "Rougir d'être paysan", récit de deux enfances paysanne et rurales des années 50-70. En savoir plus...
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Dédicaces : dimanche 5  octobre 2008 à Vern-sur-Seiche . Plus de détails...
. Participez à notre grand débat sur l'enfance paysanne dans les années 50-60 en cliquant ICI.

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Ce que raconte le livre

Ce monde a disparu. Et pourtant, il colle encore à la peau. Le sort a voulu que les enfants des paysans des années 60-70 se retrouvent à la charnière de deux époques. C’était le début de la fin des paysans. La suite
Lundi 20 juin 2011 1 20 /06 /Juin /2011 01:23

L'éditeur de "Rougir d'être paysan", les Editions Ouest-France édite en livre de poche les ouvrages qui atteignent 5000 exemplaires. C'est la performance qu'a réussie "Rougir". Le livre est donc désormais disponible au format poche et au prix également "poche" de 7 euros.

 

2011-Edition-poche-Amazon-copie-1.jpg

 

Une 2e vie, y compris transfrontières

 

"Rougir" se situe aujourd'hui aux alentours de 6000 exemplaires. L'édition en poche donne une seconde vie à l'ouvrage. Et l'étend. Ce format pratique et incitatif, le prix attrayant convainquent des lecteurs de l'acquérir. Michel l'a même vu dans un magasin presse "Relay" de l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle ! Un formidable tremplin. On se réjouit d'imaginer un voyageur de Paris qui se rend à Rome, Moscou, New York, New Delhi, Sydney penser "Tiens, je vais dévorer ces 23 chapitres et 190 pages (155 dans l'édition originale) pendant le trajet.Puisque nous parlons d'expansion transfrontières, mentionnons qu'une amie a confié "Rougir" à une amie japonaise et un ami l'a remis à un familier du Burkina-Faso qui a offert le livre dans un village paysan du pays. "Ils adorent", a dit le donateur.

 

6000 exemplaires, le chiffre est modeste, voire dérisoire au regard des best-sellers des poids lourds des ventes. Pour un éditeur régional (même si nombre de ses ouvrages sont nationaux, voire universels comme "Rougir"), c'est un succès. Nombre d'éditeurs vendent la majorité de leurs ouvrages à moins de 1500, 1000 exemplaires et certains, seulement, à quelques centaines d'unités. Le directeur des Editions Ouest-France l'a confirmé à Joseph : "Pour nous, votre livre a bien marché".

Nous remercions la maison d'édition du grand quotidien régional d'avoir été le premier éditeur à répondre à notre envoi, en septembre 2008. Il avait vu juste.

 

Des succès à 50 000-60 000

 

Ces éditeurs de second rang ont, heureusement, de belles surprises. "Rougir" en est une. Les Editions Ouest-France 2011-Edition-Fils-de-ploucs.jpg connaissent également une belle réussite avec des ouvrages qui atteignent plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires, jusqu'à 50 000, 60 000 comme. Ainsi, le livre "frère" de "Rougir', "Fils de ploucs" de l'universitaire breton Jean Rohou, également maintenant en poche.

 

C'est aussi le cas de "Paul, dans les pas du père", de notre amie Catherine Ecole-Boivin, formidable tranche de vie d'un paysan du nord du Cotentin, tout près de La Hague, Paul 2011-Edition-Paul-Bedel.jpgBedel, qui, un jour des années 70, a jugé que le progrès lui faisait perdre la richesse de l'héritage paternel et a décidé de poursuivre son travail de paysan comme ses ancêtres, en compagnie de ses deux soeurs.

Le film qu'en a tiré Rémy Mauger, paru en DVD, exprime aussi magnifiquement la vie de Paul.

Par Michel et Joseph GICQUEL - Publié dans : Au jour le jour, l'actu du livre
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Dimanche 28 novembre 2010 7 28 /11 /Nov /2010 01:52

 

2010-11-Vitre-La-Tremoille-BLOG--3-.jpg
Vingt des 80  résidents ont répondu à l’invitation à dialoguer qu’avait diffusée Elodie, l’animatrice, début novembre 2010. Dans le petit salon bien confortable, chacun y alla de ses souvenirs et de l’évocation de l’univers paysan qu’il/elle avait connu. On se rappela qu’à Balazé, on “enheudait” les vaches alors qu’ailleurs on les “embaissait”. Traduction de ce patois gallo : pour empêcher la vache de courir, on bridait l’un de ses pattes avant en la reliant avec une corde à une corne et plus le paysan voulait entraver les velléités de  l’animal plus il la bridait court. La « pauvre » bête était alors condamnée à cheminer en brinqueballant la tête sur le côté quand la patte revenait en arrière et en reprenant la position normale quand la patte venait à l’avant. Drôle de vie…

 

La religion traverse toujours les débats

 

L’Eglise et la religion nous occupèrent un bon moment. Pour la messe, les vêpres et même le catéchisme il fallait être à jeun. La prière état sacrée et Jeanne rappela qu’un soir, lors de la prière, même l’inséminateur dut attendre la fin de l’office avant de s’atteler à sa tâche. Odile eut le mot assez sévère pour rappeler les différences entre les pauvres et les riches, souvent accentuées par certains  établissements religieux. On demanda à son père à ne pas venir dans la cour avec sa voiture… parce que celle-ci n’était pas assez belle !


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D’autres se répandirent en souvenirs encore vivaces pour évoquer comment les pécheresses étaient bannies de l’église. Les filles enceintes n’avaient pas le droit de se marier en blanc ni de faire sonner les cloches. Solange fit bien rire tout le monde en relatant le bon tour qu’elle joua au curé. Enceinte, ce ne fut pas elle qui se présenta au curé pour le futur mariage mais sa sœur pour validation. Quant aux relevailles, elles consistaient obliger les  nouvelles mères à aller à confesse et à ne franchir à nouveau le pas de la porte de l’église qu’avec l’accord du curé. Françoise mit tout le monde d’accord en disant que « si le Bon Dieu nous a  faits ainsi, c’est bien pour nous donner un peu de plaisir ».  Et pan pour la religion !

 

Jean Robic n'est pas Breton... d'origine

 

La Fête Dieu ressemblait à toutes les autres. Outre les allées décorées de sciure colorée, les bords de la route étaient  plantés de branches de bouleaux et ormeaux. Les angelots terrestres étaient de la partie pour balancer les pétales de fleurs. Suzanne rappela qu’à la fin de la cérémonie, les angelots se faisaient leur petite procession à eux en se chamaillant avec les fameux pétales.

 

2010 11 Vitré La Trémoille blog (1)
A la kermesse, les lots étaient de valeur puisque c’était souvent des animaux que convoitaient les joueurs : un lapin par-ci, une volaille par-là… On évoqua les “insignes”, ces petits rubans ou fleurs de papier mis à la vente qui servaient pour la tombola. 

Et puis quand on parla de la télévision nouvelle qui arrivait dans les foyers, on cita Anne-Marie Peysson, speakerine. Les conférences remettent aussi les connaissances à niveau ou rectifient d'inébranlables vérités. Tous les Bretons revendiquent mordicus que le solide et revêche champion cycliste Jean Robic est un compatriote. Eh bien, non, il est né dans les Ardennes. A Condé-lès-Vouziers, précisément, au sud du département mais en plein milieu rural. Ses parents émigrèrent à Radenac (Morbihan) pour tenir un magasin de cycles qui berça toute la jeunesse du “Biquet” (un de ses nombreux surnoms) et, forcément, fit naître sa passion du vélo et sa carrière. Un rectification choc pour un Breton, grand ou petit.

Le salon où l’on cause à la Trémoille ! De fil en aiguille, le temps passa vite et l’on se retrouva vite au bout de ces 2 heures d’échanges animés et palpitants.

Par Michel et Joseph GICQUEL - Publié dans : Au jour le jour, l'actu du livre
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Lundi 13 septembre 2010 1 13 /09 /Sep /2010 00:41

 

Ils sont frère et soeur, originaires de la même commune d'enfance que la nôtre. Ils ne sont en rien fils et fille de paysans. Loin s'en faut, leur père était agent d'assurances. Mais ils habitaient, avec un autre frère et une autre soeur, une maison imposante qui domine la rivière La Claie, à 1 km du "bourg", comme on dit en Bretagne, et 1 km, à travers prés et champs, de notre hameau.Le père exploitait également un moulin, en contrebas, sur la rivière.

De ce repaire d'aigle sur la campagne environnante, Marie-Anne, Loïc, leur frère et leur soeur ont tiré une fine connaissance du monde rural. "Vous avez rougi d'être paysan, nous avait dit Marie-Anne, au lendemain de la sortie du livre, mais, nous, nous rougissions, à l'inverse, de ne pas appartenir au monde rural dominant et d'avoir une certaine aisance". Preuve que le sentiment de honte est bien personnel et que c'est chacun qui le construit, à tort, évidemment, mais le poids du regard des autres, de la culture, de l'histoire, de l'atavisme sont trop lourds pour qu'on s'en départisse.

 

La-Beraudaie-1-copie-1.jpg

Au fond, la maison de Marie-Anne et Loïc dominant les prés et coteaux de notre enfance...

 

La Béraudaie vue de la maison Lanoë réduite

 

... et, depuis la maison, la vue panoramique sur la rivière, le déversoir, le pigeonnier, le moulin (à droite) et, au fond, le coteau qui mène aux landes et aux bois de Lanvaux.

 

Marie-Anne et Loïc nous ont fait chacun deux cadeaux. Marie-Anne nous a restitué son jugement du livre et elle nous a fait don des photos de notre univers rural faites en septembre 2010. Nous en publions plusieurs avec plaisir dans cet article. Loïc nous a, de même, fait part de son sentiment sur "Rougir" et il nous a communiqué deux photos de classe de notre prime enfance que nous n'avions pas ou que nous avons égarées. Nous les publions également. Ceux de nos lecteurs et lectrices qui se reconnaissent peuvent nous faire signe !

Merci à tous les deux.

 

La Ville Glin maison natale réduit

Notre maison d'enfance (jusqu'à l'âge de 8 ans). Nos successeurs l'ont rénovée mais elle a strictement gardé sa physionomie, les mêmes ouvertures.

 

MARIE-ANNE

« Mon père venait aussi de la "terre"… Meunier/minotier de père en fils depuis toujours, il avait pris la succession mais avait du cesser l'activité en 1954. Arrêter son métier puis se séparer du moulin lorsqu’il a du le vendre lui ont crevé le cœur. Mais il est resté meunier dans l’âme et je l'ai toujours vu, vécu ainsi.

 

Ce contact avec le monde rural avait engendré chez mon père un rapport aux animaux et à la "sensiblerie" en général similaire à celui que vous décrivez… Ma mère, d'origine citadine et d'une culture différente, l'a aidé à réduire ces excès. Il pouvait se montrer très tendre avec nous (trop rarement hélas…).


Le travail était une valeur très importante aussi. Ma grand-mère paternelle disait « le trrrravail » d'un air qui ne donnait pas à penser que le travail pouvait être épanouissant ou au moins intéressant…
C’est ma mère, d'une culture complètement inverse, qui faisait le tampon ; elle arrondissait les angles qui auraient été un peu durs sinon... ».

 

Entre autres chapitres, j’ai trouvé l’avant dernier, "Des femmes, des mères" très beau…
J'ai aimé aussi un truc bien caractéristique de vous, pour bien vous connaître : les petites conclusions brèves, souvent inattendues et/ou humoristiques que je trouve très sympa.

 

BOHAL ST GILDAS 1959-1960 recadrée

Saurez-vous identifier Michel et Joseph ? Le concours est ouvert...

 

LOIC

« Marie-Anne -ma tite soeur- m'a prêté votre livre "Rougir..." lorsque je suis passé la voir en février. Je l'ai lu d'une... traite (c'est marrant ce mot pour vous avec cette signification non ?). Je me suis régalé et je me suis souvenu de plein de choses du passé ! Mais là ou je ne suis pas d'accord , c'est le terme "rougir" c'est plutôt "fiers d'être des paysans" car quand je vois l'éducation "à la dure" que vous avez reçue et toutes les tâches que vous deviez accomplir à l'âge ou on joue désormais à la console ou sur Facebook ! C'est de la fierté que vous devriez ressentir. Mais je suis sûr que c'est quand même le cas, n'est ce pas ?


En tout cas ,moi quand vous étiez en train d'enlever les cailloux dans les champs labourés , je me confectionnais un arc et des flèches dans les beaux noisettiers dont vous parlez.
J'ai aussi "fané" le foin avec ces gros rateaux de bois dans le champ d'Emilienne Outin, J'ai joué à passer le plus vite possible dans les projections de "manne" qui pinçaient les mollets au sortir de la batteuse chez le "Père "Rouilleux" Rouillé diraient les "citadins", comme vous dites!!


J'ai soulevé la jupe de certaines filles quand on gardait les vaches ! J'ai crié "En rououououte" pour voir toutes les vaches se diriger vers la sortie, au grand dam de Jean-Yves Piquet ou d'Yves Métayer avec lesquels nous partagions nos jeux ... On cuisait les pommes dans la braise en écoutant le Tour de France à la radio...


Je regardais avec circonspection le Père Guimard coincer sa "chique" dans sa casquette avant de boire un coup d' cid', pour la remettre ensuite dans sa bouche et la remâchonner...


C'est moi qui devrais rougir... Tous ces souvenirs et bien d'autres, je vous passe toutes les conneries que j'ai faites (mais chut !), me sont revenus en mémoire en lisant votre livre qui m'a procuré un grand plaisir et beaucoup d'émotion.
Merci à vous deux pour ce BON moment. »

Par Michel et Joseph GICQUEL - Publié dans : Au jour le jour, l'actu du livre
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Dimanche 2 mai 2010 7 02 /05 /Mai /2010 02:07

Le Conseil municipal de Bohal nous a envoyé une lettre pour nous remercier de notre don de 2500 € de nos droits d'auteur, le 8 novembre 2009. En voici la teneur, ci-dessous, en image et en toutes lettres :

 

             2009 Bohal lettre des élus cadre
« Chers Michel et Joseph,


Au cours de nos deux dernières réunions du conseil municipal et du CCAS, nous avons relaté votre remise du chèque de 2500 E lors du repas annuel des seniors de BOHAL.

Lors de votre allocution, vous nous avez fait comprendre que vous êtes des enfants de BOHAL et nous avons été sensibles à vos propos. Il est vrai qu'ici votre père Eugène GICQUEL fut un homme très considéré.

Décliner "la formidable simplicité des gens de notre enfance" lors de la lecture de ta lettre, Michel, nous interpelle à être toujours attentif et respectueux à l'humilité et la modestie d'autrui.

Votre livre est un succès, nous vous en félicitons, d'autant que ce témoignage est aussi la mémoire et le patrimoine Bohalais. Merci sincèrement de votre geste généreux ; bien entendu nous veillerons au bon emploi de cet argent à l'aide sociale de Bohalais et Bohalaises.

Au nom de Monsieur le Maire, l'ensemble des élus et des membres du CCAS, merci encore Michel et Joseph de votre passage convivial avec votre famille, de votre geste remarquable qui a touché, soyez en sûr, nombre d'entre-nous.

Nous vous présentons nos sentiments et nos compliments les meilleurs.

André PIQUET
Isabelle LE GUEVEL
Bemard METAYER
Marie-Annick OUTIN
Isabelle BALAIS
Isabelle LABEEUW
Angélina PEDRON
Mélinda ARS
Marie GODIN
Mado CHANONY
Marcel BIGO »

Par Michel et Joseph GICQUEL - Publié dans : Au jour le jour, l'actu du livre
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Mercredi 25 novembre 2009 3 25 /11 /Nov /2009 00:46

Voilà un an et demi que "Rougir d'être paysan" a paru aux Editions Ouest-France. Les ventes -aux alentours de 6000 exemplaires en ce mois de novembre 2009- nous ont rapporté quelques droits d'auteur. Michel, depuis toujours, a souhaité en verser une bonne part -le reste servant à couvrir les frais de déplacements, salons, hôtel...- à une œuvre sociale ou humanitaire. Il avait pensé à des associations, mais comment choisir entre l'une ou l'autre ? Joseph plaidait pour un don à la commune de notre prime enfance, Bohal, dans la Morbihan. Pour avoir emprunté une partie du contenu du livre à cette histoire et à cette mémoire, pour y avoir puisé les portraits des personnages les plus singuliers et marquants, pour avoir relaté les relations d'humanité que nos parents avaient avec les voisins, les commis agricoles, les marginaux -ceux que, aujourd'hui, on dénommerait SDF-, nous avons convenu que nous devions restituer quelque chose à Bohal, petite commune d'aujourd'hui 700 habitants, 400 "de notre temps", comme disaient les anciens.

Nous avons appelé le maire, André Piquet, et lui avons proposé de verser un chèque au profit du CCAS, le Comité communal d'action sociale. Il nous a suggéré de célébrer ce mini-événement à l'occasion du déjeuner annuel du Comité. Le 8 novembre, nous avons remis un chèque de 2500 € au responsable du CCAS, Bernard Métayer, par ailleurs petit cousin, en présence d'André Piquet, d'autres élus, des autres bénévoles du CCAS et de tous les convives du déjeuner dont certains, évidemment, ont connu nos parents et nous-mêmes en culottes courtes !

André Piquet, le camarade de classe de notre enfance devenu maire de sa commune en 1989

André Piquet est un camarade d'enfance. Avec humour, il a rappelé cette courte histoire commune et il a retracé la "dynastie" des maires Gicquel. Notre père a assuré la fonction de 1938 à 1961. Avant lui, deux ou trois de nos aïeux avaient ceint l'écharpe et occupé le fauteuil. Pour marquer la qualité relationnelle de notre père dans sa fonction, André Piquet a rappelé que lors des élections municipales de 1953, il avait rassemblé sur son nom 100 % des suffrages exprimés ! Comme nous le disons dans le livre, le plébiscite avait peut-être une autre raison : 15 jours avant le scrutin, deux enfants étaient venus agrandir le cercle de famille et, pas n'importe quels enfants : des jumeaux ! Nous !

Laura et Théo, ici, le 8 novembre, à Bohal, les enfants de Michel et de Marie-Christine, jumeaux eux aussi, par lesquels le livre est né. "C'est pas vrai, papa, tu ne vivais pas comme ça. ?", s'étonnaient-ils invariablement lorsque Michel racontait comment il avait vécu son enfance à la ferme et surtout comment, sur les injonctions du père, il devait sans cesse travailler. Michel a décidé de consigner sa vie dans un document testament. En en parlant à Joseph, le récit individuel s'est mué en un livre à deux regards, deux sensibilités et quatre mains.

Voici le texte-hommage que Michel a lu avant de remettre les 2500 €

« Monsieur le Maire, Messieurs les élus, chers bohalais
 
La Villiain, La Gage, La Ville Elouais, Trebidjais, La Béraudais, Beujlais, Bel Orient, La Ville Ali, Le Porta [ces noms sont ceux, en patois, des grands hameaux de notre enfance à Bohal]… Tous ces noms résonnent encore dans nos têtes… Lucien Guimard, Louis Cardin, Albert Pélerin, Marie Pasco, Louise Compagnon, Marie (école), Alphonse Lanoë, Jean Baudoux, André Pitchais, Gustao, Henri Le Bars, Lucien Chotard, Jean Vieillerobe, Henri Voisin, Baptiste Rétho, etc. Vous nous pardonnerez de ne pas allonger la liste tellement nous avons encore au cœur tous ces gens de Bohal que nous avons découverts et côtoyés aux côtés de nos parents, Eugène et Anne Marie, elle-même originaire de Saint-Congard, à 15 km, venue s’installer ici après le mariage.

Chers amis bohalais, nous avons goûté ici le plaisir de la campagne, nous avons joui de nos belles années d’enfant, à garder les vaches, à prendre le chemin des écoliers lors de notre retour d’école par le pont de la Béraudais.
Qui ne se souvient parmi les anciens de ces souvenirs que nous racontons dans notre livre : Qui ne se rappelle le moto- cross sur la butte des P’tits Bouais [Petit Bois en patois] ? qui a oublié l’abbé Payen avec ses talents d’organisateur, son génie inventif et ses facéties ? Vous souvenez-vous du seul match de catch organisé ici avec ces athlètes qui horrifièrent beaucoup de spectateurs et firent fuir bon nombre de spectatrices ? Qui ne raconte encore à ses petits enfants les inondations quand la Claie débordait et qu’il nous fallait faire le grand tour pour aller à l’école au lieu de passer par le petit pont du moulin ? Qui a oublié la dureté du travail à la ferme en même temps que la  belle
entente cordiale entre voisins dans les occasions de battage ?

Joseph, mon frère jumeau et moi, avons écrit ce livre pour graver la mémoire d’un monde qui a rapidement -trop rapidement peut être- changé à tel point que mes enfants ici présents ne se l’imaginaient même pas avoir été vécu ainsi par leurs parents. Ce témoignage a trouvé ses lecteurs et son étoffe dans le patrimoine bohalais et malestroyen. Nous avons voulu en garder la trace non pas par nostalgie mais parce que nous savons que ne pas regarder le passé c’est s’interdire de bien construire l’avenir. Cette trace, cette mémoire, c’est aussi et surtout vous tous, citoyens bohalais qui en êtes les dépositaires.


S’il est un fil conducteur au livre que nous avons écrit, c’est sans doute celui de la formidable simplicité de tous ces gens racontée au fil des lignes : celle de nos parents d’abord, celle de toutes celles et ceux qui nous côtoyaient et qui nous ont fait apprécier ce monde de l’enfance. Il nous a paru de ce fait, légitime que, de la même manière que nos parents nous ont appris à être attentifs aux gens simples et modestes, de la même manière ils auraient apprécié cette attention que nous portons aux halais: Si nous ne sommes pas devenus célèbres par ce livre - ou pas encore ! - qu’importe ! Nous gardons au cœur toutes ces belles rencontres qu’il nous a permis de faire. Celle-ci aujourd’hui en est une, elle est particulière et sensible.

André, amis bohalais, parce que nous sommes des enfants de Bohal, nous sommes heureux de te remettre  ce chèque de nos droits d’auteur qui servira nous l’espérons à améliorer le sort de ceux qui auront besoin du soutien de la Mairie et du CCAS.  

Deux personnes ont tenu à rendre ce moment encore plus solennel : nos deux sœurs, Marie-Claire et Marie-France, qui ont bien accompagné nos eff
orts depuis la sortie du livre, se sont jointes à nous ce midi. Nous y associons notre belle-mère qui n’était pas de Bohal mais assumé la tâche d’épouse et de mère lorsque notre mère est décédée dans un accident de la route.»

A droite, Félix, le toujours jovial marchand de bestiaux, familier de la ferme qui manifesta, le 8 novembre,
un réel plaisir de nous retrouver... et rappela, forcément !, quelques anecdotes.


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Par Michel et Joseph GICQUEL - Publié dans : Au jour le jour, l'actu du livre
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Vendredi 20 novembre 2009 5 20 /11 /Nov /2009 01:03
Revenir à un Salon du Livre pour la deuxième année ? Un risque ! En effet, le livre est une denrée périssable. Tant qu’il est encore sur le devant de la scène, dans les bacs des librairies, il se remarque. Dès qu’il n’est plus une nouveauté il rejoint, au mieux quand le libraire mise encore sur lui, les rayons, au pire, est tout simplement retiré. Alors, on ne le présente pas, un an plus tard, dans le même Salon, sans avoir le sentiment d’avoir peut être épuisé le vivier de lecteurs intéressés.
Même si nous avions eu la conviction, l’an dernier, que les 23 récits de “Rougir” n’ont pas de frontières départementales ou régionales, puisque 61 visiteurs avaient dit s’y retrouver et l’avaient acquis, nous revenions quand même avec le doute: n’allions nous pas faire chou blanc après le succès de l’an dernier ?


Eh ! bien, ces Manceaux et Sarthois sont surprenants. Ils nous ont fait la belle surprise du plaisir renouvelé. En une seule journée, le dimanche, ils furent encore plus nombreux que l’an dernier. Une fois encore, nous nous sommes plus à deviser avec celles et ceux qui avaient connu le même parcours, la même époque. On participe à un Salon pour donner une tribune à son livre, pour séduire des lecteurs et donc aussi, pour vendre. Il se révèle que nos salons à nous sont, avant tout, des lieux de partage de vécus communs ou similaires, de ressentis fugaces mais encore vivaces dès qu’on les éveille, de complicités au détour d’un souvenir exhumé, d’une émotion ravivée.

Cela dit, et c’est le paradoxe des auteurs, la tenue du stand, l’accueil des visiteurs, laissent très peu de temps pour découvrir ses homologues plumitifs et leurs œuvres ; soyons nets, certains ne le souhaitent tout bonnement pas ; à la Hague, un auteur voisin de notre stand que nous avions salué d’entrée et dont nous avions exploré le livre ne s’est pas, une seule fois, au cours des deux jours, tourné vers notre stand, n’a pas même feuilleté “Rougir”, alors que nos univers étaient proches ! La gémellité nous donne la chance d’animer notre stand en alternance et donc la liberté de parcourir, à tour de rôle, d’arpenter les tables des écrivains.


Le hasard, au Mans, nous avait placés à côté d’Eban. Ce Vietnamien d’origine convertit d’un trait alerte, dans un festival de couleurs, l’objet de la demande des visiteurs : une phrase, un prénom, un nom, un sentiment… Son art a conquis tellement de passants qu’il a terminé sa journée le bras bien fatigué.
Merci à la patronne de la librairie Doucet qui a accepté de nous accueillir, pour la deuxième année, dans son espace. Merci également à la pétillante Marie-Hélène, bénévole d’un week-end au service de la maison Doucet, qui, entre deux encaissements, tressait auprès des acheteurs postulants des lauriers à “Rougir” dans le but d’emporter leur décision!    

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Par Michel et Joseph GICQUEL - Publié dans : Au jour le jour, l'actu du livre
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Lundi 19 octobre 2009 1 19 /10 /Oct /2009 02:35


Dans la vie des auteurs, il y a les salons, les dédicaces, les feux de la rampe, en somme. Michel, par son rôle d'acteur social auprès des retraités (conception et soutien de projets qui facilitent leur quotidien), est un familier de la préservation de la mémoire et du patrimoine social et culturel des anciens. Joseph, par son rôle de journaliste, consigne la mémoire, les souvenirs. Nous proposons donc volontiers à des associations qui accompagnent les retraités et même les malades d'Alzheimer d'effectuer un travail de mémoire avec elles à partir des thèmes de "Rougir". Parmi celles qui nous sollicitent certaines accompagnent les malades d'Alzheimer et leur famille. L'association Oasia de Bain-de-Bretagne, à 30 km au sud de Rennes, nous avait invités à dialoguer avec ses adhérents. Le 6 octobre, une quinzaine de personnes avaient répondu "présent". Comme toujours, il faut aller vers les participants, les convaincre qu'ils ont quelque chose à rapporter, à faire vivre et à partager. Car chacun a toujours quelque chose à délivrer, à exprimer.

La rencontre de Bain l'a prouvé. Petit à petit, les langues se sont déliées. En diversifiant les sujets, les interpellations, pratiquement chacun des 15 participants a raconté un fait, une expérience. François et Joseph, paysans retraités, ont été très prolixes et ont communiqué leur passion de la transmission sur de nombreux sujets. Souvent, c'est le regard extérieur qui met le mieux en valeur les caractéristiques d'un monde. Celui de Marie, citadine venue à la campagne épouser à 23 ans un paysan fut décapant par sa franchise : "Ce qui m'a le plus frappé dans le monde paysan, c'est la confiance. Le marchand de veaux venait, discutait et, accord conclu, repartait néanmoins sans payer. Dans le monde des affaires où je travaille, il faut des papiers en trois exemplaires et encore, vous n'êtes pas sûr pour autant que la parole sera tenue !" Elle relevait aussi l'esprit fort de la communauté. Elle pointait, à l'inverse, au chapitre des défauts, l'impossibilité de vivre secrètement à la ferme : "Tout se sait". Regret fréquent, plusieurs auditeurs ont déploré de n'avoir pu faire des études. Eric se souvient que se parents lui rappelaient qu'il devait travailler à la ferme pour payer ses études : "J'ai été pion pour cesser d'être redevable".


Le fameux sentiment, très présent dans "Rougir", qu'à la ferme, les enfants ne pouvaient jamais rester oisifs traverse aussi beaucoup de témoignages. Les rencontres, les dédicaces nous démontrent que d'autres corporations le partagent et le verbalisent volontiers : "Ma mère ne supportait pas que je lise dans la journée", a dit l'ex-boulangère, à Bain. Josette, psychologue clinicienne, spécialiste de la maladie d'Alzheimer, qui conseille et accompagne Oasia, a mentionné, elle, que dans sa banlieue d'enfance, le laitier qui faisait sa livraison matinale à cheval a "rendu l'image du monde paysan positive"


"Rougir d'être paysan". Nous avons vécu ce sentiment à partir de l'âge de 8 ans, au contact de nos camarades citadins et avons porté ce complexe toute notre adolescence. Il a même pesé sur Joseph au début de sa vie étudiante quand l'école de journalisme recrutait encore majoritairement des enfants de citadins qui avaient le verbe haut, toisaient les rares enfants de la campagne et affichaient une aisance, voire une arrogance stupéfiantes. Des fils de paysans et paysans disent l'avoir totalement ignoré. Nous sommes toujours surpris de rencontrer des fils et surtout filles de fermes qui l'ont vécu plus fortement que nous et même, douloureusement. Josiane, membre d'une fratrie de 6 enfants dans une commune du Morbihan, a porté longtemps le fardeau du loisir interdit et souffert du "regard des filles de la ville". A 23 ans, les études d'aide-soignante ont signé la délivrance. Mais tout cela sans dépit, sans rancœur, sans remords et, comme nous, comme tous, avec la fierté des racines : "Finalement, ça a été formateur. On a travaillé dur mais, aujourd'hui, on sait tenir, on sait se battre".
Merci aux participants, merci à Oasia qui nous a invités, à Isabelle, la présidente, Josiane, Régine, Elise, Marie, et Josette, la psychologue, qui ont été à la fois, avec bonheur, bénévoles et participantes.
Oasia, tél. : 02 99 72 95 75

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Par Michel et Joseph GICQUEL - Publié dans : Au jour le jour, l'actu du livre
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Samedi 10 octobre 2009 6 10 /10 /Oct /2009 17:50

La commune de Beaumont-Hague
a organisé, les 19 et 20 septembre, son premier salon du Livre, sur l'initiative de propriétaire de la Maison de la Presse, Guillaume Bosvy. Une cinquantaine d'auteurs avaient, comme nous, répondu présent. Nous nous y sommes rendus avec la même interrogation que celle que nous avions eue à la 25e Heure du Livre du Mans, en octobre 2008 (nous y sommes à nouveau, pour l'édition 2009, dimanche 11 octobre) : "Notre récit morbihannais est-il exportable ?". Un acquéreur avait dit : "J'ai donné votre livre à mère, qui est ardéchoise, et qui a 90 ans. Elle l'a dévoré". Sublime compliment. Un Béarnais nous avait rassuré : "Votre livre est lisible dans toutes les Pyrénées". Les 61 Sarthois qui avaient été séduits par le livre et l'avaient acquis en 2008 avaient achevé de nous convaincre que "Rougir" n'est pas un récit morbihannais, ni breton mais français, et probablement européen, voire au-delà. Au fil des pages, tous les paysans, fils et filles de paysans ou simplement ruraux et ruraux occasionnels se jubilaient à retrouver images, souvenirs, personnages d'enfance mais à raviver leur(s) émotion(s).

La Hague, tout le monde connaît. Est-ce si sûr ? Il a fallu que nous soyons sur place pour nous rendre compte que la Hague n'est pas une commune mais un ensemble de 19 communes qui forment la pointe nord-ouest du Cotentin. Pour cette raison, la majuscule de son article, comme nous l'écrivions jusqu'ici, ne se justifie pas ! Pour tout le monde, la Hague, c'est l'usine de retraitement des déchets nucléaires. Sujet incontournable étant donné son rôle stratégique, son ampleur, mais sujet éminemment sensible dans la région. Les habitants s'indignent qu'on réduise leur petite  région à ce seul aspect, aux doutes, aux craintes et aux polémiques. Ils n'ont pas tort, les sites géographiques et topographiques sont magnifiques. Dans les terres, le bocage vallonné ravit le promeneur. Il faut le  préserver pour montrer ce qu'il en reste encore de cette configuration historique du terroir dans une France rurale qui s'est vendue au remembrement sans discernement. La côte charme pareillement par des paysages tantôt dunaires, avec de longues plages de sable, tantôt "irlandais", comme les caractérisent les riverains eux-mêmes, c'est-à-dire tourmentés, pris d'assaut par les flots. Catherine Ecole-Boivin, auteur du récit Paul dans le pas du père (voir ci-après), originaire de Beaumont-Hague, se dit prête à brandir l'étendard de la révolte : "On ne nous demande jamais notre avis. On ne retranscrit jamais combien nous l'aimons notre Hague". A coup sûr, séjourner dans cette langue de terre septentrionale de la Manche, se couler dans les petites routes qui sinuent, vaut la peine.


Ce 1er salon fut modeste. Sans surprise. D'une part, c'est le sort des toutes premières manifestations. Ensuite, ce même week-end, les Journées du Patrimoine ont drainé, comme partout, une bonne partie de la population. Enfin, de l'avis même d'une élue, "les Beaumontais sont difficiles à faire bouger". Une fois de plus, ce séjour en dehors de la Bretagne prouva que "Rougir d'être paysan" est trans-régions puisque, outre quelques Bretons expatriés, des Normands s'y retrouvèrent et l'emportèrent.
Le public clairsemé présente un avantage : il donne du temps pour faire connaissance avec d'autres auteurs. Et, au retour, c'est un plaisir de relater les rencontres.


Nous devons à Catherine Ecole-Boivin d'avoir été présent à ce salon. Nous l'avons rencontrée et côtoyée sur plusieurs salons. En qualité d'auteure locale, elle nous a proposé de figurer, une fois de plus, à son côté, à Beaumont-Hague. Son livre Paul dans les pas du père raconte comment Paul Bedel, paysan de père en fils d'Auderville, avant-dernière commune du trajet qui conduit au phare de Goury, a décidé, un jour, de ne plus céder aux promesses ou mirages du progrès pour vivre, comme il le dit lui-même, "en harmonie avec la Nature", et, explicitation du titre, "en harmonie avec ses ancêtres". Catherine nous a fait un superbe cadeau : elle nous a invités à rencontrer Paul. Qu'on ne se méprenne pas. Nul besoin de guide ou de sésame pour rencontrer l'homme de la terre. L'homme ouvre volontiers sa porte à qui y toque. Mais être introduite par sa biographe induit automatiquement une complicité avec Paul.


Paul trompe son monde. De prime abord, son port voûté donne le sentiment d'un homme replié sur lui-même, renfermé, farouche, taciturne. Quelques secondes suffisent pour que l'homme révèle sa vraie nature.


Lorsque nous lui annonçons que nous lui offrons notre livre et qu'il propose de le présenter lui-même à l'objectif. Lorsqu'il raconte les anecdotes qui émaillent désormais ses sorties pour accompagner les conférences de ses biographes, les dédicaces et même la garden-partie de l'Elysée 2009 où il fut invité. "Lors d'une conférence, une participante m'a demandé : "Comment faites-vous désormais sans votre troupeau?" puisque Paul a, enfin, pris sa retraite. "J'ai répondu que j'ai changé de troupeau", relate-t-il avec malice, en faisant allusion à la foule de lecteurs et de spectateurs qui lui rendent  visite dans sa maison de pierre. "7467 personnes se sont assises là, sur cette chaise depuis mai 2006", nous a-t-il dit spontanément, le 20 septembre 2009. "La plus vieille avait 92 ans !" Des visiteurs de toutes origines, de France mais aussi de pays étrangers, fascinés par sa sagesse superbement exprimée par le récit de Catherine (plus de 30 000 exemplaires) et le tout aussi sensible film de Patrick Mauger, Paul dans sa vie, qui a touché des dizaines de milliers de spectateurs en salles et par le DVD.


Jacques Rouil
est un autre personnage du Cotentin. Originaire de Surtainville, ville plus au sud du littoral ouest, journaliste, aujour'hui en retraite au terme d'un long parcours à Ouest-France, il a naturellement utilisé son talent du récit et son art des mots pour dépeindre les paysages et les personnages de son terroir.
 

Parmi ses œuvres locales majeures, Les Rustres (1) raconte le destin de jeunes de sa région. Il les projette et les imagine trente ans plus tard dans Un Mortel Hiver. Il y restitue avec réalisme les itinéraires très différents des anciens copains : ceux qui sont restés à la terre, ceux qui ont trouvé un travail à la ville, ceux qui ont gagné la capitale et sont devenus "intellos", en l'occurrence un écrivain qui a du mal à renouer avec sa terre colonisée par les résidences secondaires : "Elles sont belles comme dans les magazines mais la vie s'est retirée. Gégé a toujours aimé le progrès, il a toujours pensé que les paysans avaient le droit de vivre autrement que dans la gadoue. Mais, aujourd'hui, il n'entend plus rien, ne sent plus rien. Son monde est mort". J. Rouil croise avec audace l'enracinement dans ce coin de Normandie, l'attachement au sol, à la mer, aux paysages, aux ciels, et les problèmes actuels. Milou, Clovis, Dédé, Doudou, Gégé, surnoms et prénoms qui fleurent bon le terroir se voient confrontés au trafic d'immigrants qui cheminent en secret sur les hauts de la Hague et aux passeurs patibulaires qui exécutent sans sommations les gêneurs ou ceux qui contrarient leur chemin. Et après ceux de la technologie, ces "nouveaux changements" inquiètent, instillent la peur. Le vieux curé -qui, retraité, accepte de partager son presbytère avec l'instituteur laïcard lui-même retiré des estrades !- a "peur pour sa culture chrétienne et pour ses églises vides de fidèles. L'idée que tout cela puisse mourir un jour le bouleverse. Il a peur de l'islam, la religion des pauvres. C'est sa force. Il craint son intolérance, son esprit de conquête, de revanche..." La tentative était scabreuse. La conjugaison des deux univers tient parfaitement la route !
Converser avec Jacques Rouil vous condamne aussi à reconnaître que vous ne savez rien de la Manche. Cet exégète de la Normandie vous dresse une radiographie stupéfiante de ce département. On se doute que les distances entre le nord et de le sud recèlent des différences. C'est bien pire que cela : ce sont des fractures, des antagonismes sociaux, syndicaux. Et si chaque touriste a relevé que tous les noms de communes se terminent par "ville", tous -comme nous-mêmes- se contentent paresseusement d'y lire le terme citadin. Il n'en est rien, nous a révélé J. Rouil. "-ville" vient de villa qui, sous la domination viking, signifiait "domaine". Le début du nom reprend celui d'un seigneur de l'époque. Toutes les dénominations, d'origines scandinave, germanique ou anglo-saxonne, se déclinent alors de façon limpide. Omonville (la-Petite ou la Rogue), domaine d'Asmundr ou d'Osmundr; Eculleville, domaine de Skuli, Auderville, domaine d'Ealdhere, Octeville, domaine d'Otti; Bricqueville, domaine de Brekki, Surtainville, domaine de Svarting...

Les salons et les dédicaces laissent peu de répit aux auteurs pour découvrir les ouvrages de leurs confrères et consoeurs. Tant mieux, cela veut dire que le stand est fréquenté par les futurs lecteurs ! Quand nous arrivons à arpenter les allées, nous privilégions les livres de littérature, les essais, les documents. Et la jeunesse ? C'est vrai, nous y accordons moins d'attention. Le salon de la Hague nous a donné l'occasion de mettre en lumière une auteur incroyablement prolifique du domaine.


Mireille Mirej (prononcer deux fois Mireille) écrit des romans et récits majoritairement dédiés aux chevaux "parce que c'est à eux que je dois d'être devenue écrivain". Mais elle mêle aussi à ses histoires toutes sortes d'animaux et d'univers. Ses livres peuvent séduire tous les publics car ils sont de tous formats, certains de la taille d'un carnet de notes ou d'un mini-recueil de pensées ou d'aphorismes et d'une trentaine, une quarantaine de pages, ce qui rend ses écrits accessibles à tous les budgets ! La genèse de cette prolificité se trouve dans son enfance : "Toute petite déjà, je disposais d'une imagination gigantesque. Je mentais -disaient les autres- pour transformer mon quotidien, ou inventais différentes versions de mon avenir. Durant des années, la lecture m'a permis d'échapper à la réalité. La quantité d'ouvrages que j'absorbais par 24 heures n'entrait dans aucune des statistiques qu'on entend aujourd'hui : souvent trois livres dans une seule journée."

POUR ALLER PLUS LOIN

Paysages splendides du Cotentin et de la Hague : www.courault.org
"Paul dans les pas du père", Editions Ouest-France, 2007 :
www.edilarge.fr/02-pages/02-Cat_1accueil.html
"Paul dans sa vie", DVD, Les films du Paradoxe, 2007, 99 mn
Bande-annonce, extraits, photos :
www.commeaucinema.com/film/paul-dans-sa-vie,53986
Jacques Rouil : http://jacques-rouil.jimdo.com
Mireille Mirej : http://mireille.mirej.free.fr/

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Lundi 28 septembre 2009 1 28 /09 /Sep /2009 04:47


Un jour de septembre 2009, nous avons dialogué avec des malades d’Alzheimer dans un bistrot “mémoire” de Rennes.

 

Une fois que Mélanie eut raconté le périple qu’elle fit jadis à moto avec son mari dans toute l’Europe, tout le monde s’est mis à confesser ses péchés. Qui n’a pas menti au curé pour tenter de trouver le « bon » péché à raconter ? Celui qui apparaissait acceptable était, en fait, souvent le plus simple : le mensonge ! Mais, « Fallait les trouver, les péchés ! » s’exclame Anne Marie. Un participant a raconté ce que fut, selon lui, le summum de la supercherie : au final, avouer au curé « Tout ce que je vous ai raconté, c’est des mensonges ». Et puis, on se mit à causer des SDF de l’époque, les « cherchoux d’pain », les “gens à part” mis en portrait dans “Rougir…”.

 

Malicieux, Alexis évoqua, lui, ses bêtises. Galopin, il glissait dans ses poches des oisillons qui ne manquaient pas de gazouiller pendant la classe ! Bien sûr, on n’échappa pas à la rivalité entre l’école laïque et l’école privée. Lucie rappela l’anathème de ses enseignants catholiques : « Laissez donc cette triste école des Sans-Dieu ! ». La sexualité eut droit de cité. Si certains, à la campagne, s’étonnaient de la révélation des dessous des filles par un « Baisse le capot, on voit le moteur ! », les Brestois la jouaient “locale” par un « Belle vue sur la rade ! ». Mentionnons, enfin, le témoignage de Jeanne sur la discrimination faite envers les fils et filles d’ouvriers. Un rappel touchant qui mit en évidence que le sort fait aux petites gens était le même, quelle que soit leur condition sociale.

Merci aux participants et aux responsables.

 

 

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Lundi 28 septembre 2009 1 28 /09 /Sep /2009 04:14
Drôle… d’Oisseau que cette petite commune de 1100 habitants de la Mayenne qui avait proposé de nous accueillir à la Maison de retraite. Résidents de la maison de retraite d’à côté, bénévoles de la bibliothèque, représentants de la bibliothèque du bocage… Tout le monde avait donné rendez-vous pour parler de la vie du coin !

Comme souvent, et parce que les souvenirs affleurent chez tout le monde, on passa du… coq à l’âne, ce qui, somme toute, est appropriée à un récit de ferme. « L’affûtage des couteaux, pensez donc ! se souvient Jeanine « dès qu’ils entendaient le cliquetis, les chats accouraient, persuadés que la viande fraîche allait suivre ! » Louis en a encore le sourire aux lèvres quand il raconte la bonne blague faite aux gens du bourg par les paysans du coin : de passage au bistrot, ils parquaient leur tracteur sur la place sans arrêter le moteur pour être sûr de redémarrer ou pour laisser croire qu’ils ne feraient que passer. La courte pause durait, durait tellement que les riverains finissaient par se lasser de subir le vrombissement des Massey, des Deutz, des Someca. Le maire, le curé avaient beau intervenir, faire la leçon, menacer de sanctions, les paysans n’en avaient cure et la place ne retrouvait son calme que lorsque nos consommateurs l’avaient décidé, parfois tard dans la nuit et titubant jusqu’à leurs machines…
En tous cas, de la Bretagne à la Mayenne, beaucoup de situations similaires on été rapportées. Seuls les mots expriamaient la différence : les "gants" ou "tocards" pour parler des "beurlus" (digitales) bretons; les "truffes", à la place des patates ou la "vannouère", pour le tarare….Sans nostalgie ni regret, ce fut une évocation fort agréable et riche en souvenirs.  Merci à tous les résidents et à l'encadrement.

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"Rougir d'être paysan" a été publié par les Editions Ouest-France en mars 2008. Il est vendu 15 euros. Trouvez sur le web de l'éditeur les points de vente de votre ville Voir la liste des points de vente... 

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